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  La cavalière sans tête Ϟ libre

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Hey mais c'est
Maïween Kerfellec


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MessageSujet: La cavalière sans tête Ϟ libre   Lun 14 Mar - 0:08



« J’ai l’âme de l’enfant et la mémoire du vieux.
L’éternité c’est long quand on marche sans cœur »


C’est de l’humain tout entier dont moi je porte le deuil • Il y a un problème chez toi, Maï. Il y a un problème et tu le sais, tu en es parfaitement consciente. Tu sens que ça te ronge mais tu ne fais rien pour lutter contre. Tu sais que ça pourrit en toi, ce foutu mal sur lequel tu ne sais pas coller de nom mais tu ne bouge pas d’un pouce, tu attends que ça te ronge. T’es allergique au bonheur, trop fière ou trop stupide pour laisser les gens s’approcher, tu te complais là dedans. T’aime être malheureuse, j’en suis sûr, t’es juste une espèce de drama-queen qui attire l’attention comme elle peut. C’est pathétique, tu sais, d’avoir besoin de se faire souffrir pour être regarder, puis faire reculer tous ceux qui osent essayer de venir s’écraser sur tes remparts. Alors tu te vantes surement d’être bien à l’abris là bas derrière, loin des cons, des goujats et des traitres, loin des embrouilles qui sont trop basses et puériles pour toi mais la vérité, tu la veux ? La vérité, gamine, c’est que t’es toute seule, derrière tes murailles, t’es dans l’ombre et tu finiras par crever de froid. Seule, Seule, Seule.

Maïween avala difficilement sa salive, chassant avec virulence la petite voix qui cognait contre les parois de son crane, rebondissant comme ces balles en caoutchouc envoyées avec entrain par les gamins. Il fallait qu’elle se taise, cela devenait ingérable, elle ne voulait plus avoir à y faire face. Elle releva la tête, laissant un nouvel embrun croquer son visage, gardant les yeux fermés pour que le sel puisse se mélanger à sa guise aux larmes amères accrochés à l’ourlet de ces cils. La voix devenait trop présente, le discours récurrent… Le pire étant sans doute de savoir qu’il ne s’agissait là que de la pure vérité, de A à Z ou presque… Elle n’avait pas l’impression de s’y complaire, ça la bouffait mais elle aurait donné beaucoup pour trouver de quoi s’en sortir. Seulement, c’est une tache difficile que de ne pas sombrer dans la mélancolie léthargique lorsque rien n’a de goût autours de vous.

Brusquement, elle se redressa, comme piqué au vif. Elle avait besoin de bouger. Pour chasser la voix, il fallait qu’elle parvienne à emplir son crâne de dizaine de bruit de pas presser, qu’elle laisse le vent nettoyer son cerveau, laver ses idées… Elle sauta sans préavis du rocher sur lequel elle était assise, manquant de tomber alors que son pied s’enfonça dans le sable. A cause du sol meuble, elle manqua de s’écraser mais se rattrapa de justesse, jurant à voix basse alors qu’elle sentit sa paume qui s’ouvrait sur le rocher, piquant instantanément à cause du sel qui recouvrait la pierre. Elle rajusta sa mise, retrouvant son équilibre et ramena sa main contre elle en regardant les dégâts. La peau s’était éraflée mais ce n’était rien de bien méchant, elle sera le poing et l’enfonça dans la poche de son blouson, se mettant à marcher, le plus vite possible, pour faire taire cette maudite voix qui à présent ricanait. A en devenir véritablement schizophrène, elle en était persuadée. C’était comme si une deuxième elle, plus caustique et désabusée encore, poussait doucement pour prendre le pouvoir. Ce qu’elle pouvait la haïr, cette petite voix si narquoise, si nasillarde. Elle inspira profondément et accéléra encore le pas, tant est si bien que lorsqu’elle arriva enfin à l’eau, elle s’était presque mise à courir, d’une démarche lourde et maladroite à cause de la surface fuyante sous ses Converses de toile noire. Une vague s’écrasa sur ses pieds, puis une autre et bientôt, elle se retrouva avec de l’eau jusqu’au cheville, embrassant le bruit des vagues. Elle était seule, certes, mais elle n’était pas si mal quand la voix se taisait…

Ou bien l’était-elle ? Elle fit volte-face, persuadée d’être observée. Son souffle court se faisant de plus en plus bruyant alors qu’elle scannait du regard les lieux déserts qui l’entouraient, elle leva sa main valide pour dégager ses cheveux bruns et lâcha d’une voix forte

- Qui est là ?

Ce qu’elle pouvait haïr cette impression constante d’être observée… Presque autant qu’elle ne supportait plus d’être bloquée ici, se sentir épiée la mettait mal à l’aise, elle se sentait coupable sans avoir commit de faute réelle.


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Hey mais c'est
Octavian


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MessageSujet: Re: La cavalière sans tête Ϟ libre   Lun 14 Mar - 14:55

« Je t'interdis de retourner sur la Lande. »

La phrase tournoyait dans son esprit, hypnotique. Son paternel avait décidément le chic pour le pousser à désobéir. Franchement, lui dire qu'il ne devait absolument faire ceci et cela, sans en donner la raison... Ce n'était pas l'inciter à faire justement ce qui lui était interdit ?

Octavian était une victime.

« Je t'interdis... »

Ces seuls mots lui donnaient déjà envie de mordre. Ou de frapper. Enfin, de se rebeller, de se débattre. Mais certainement pas de respecter l'ordre qui lui était donné.

Fendant les eaux froides du petit matin, Octavian s'était éclipsé discrètement, et bien sûr sans avertir personne de sa destination. Un peu plus loin sur sa gauche, il entr'aperçut un ban de poissons, des bars sans doute, qui se dispersa à son approche. La vue de ces alevins frétillants lui rappela soudainement que, dans sa hâte d'échapper à la surveillance de ses parents, il n'avait rien avalé.

Et il commençait sérieusement à avoir faim.

La sirène poussa un soupir, exaspéré par sa propre attitude, et de petites bulles s'échappèrent de ses lèvres pour remonter éclater à la surface. N'aurait-il pas pu au moins songer à emporter quelque chose à grignoter ? Un grondement étouffé par l'onde environnante lui indiqua que son corps était du même avis.

Saleté d'estomac.

L'organe protesta de nouveau et Octavian s'arrêta près d'un récif couvert d'algues et de coquillages en tout genre. Il n'était plus très loin du rivage déchiqueté de la pointe du Groix. Faire demi-tour immédiatement lui semblait tout bonnement hors de propos, tout comme la perspective de réussir à attraper un poisson lui paraissait invraisemblable. Il n'avait jamais été vraiment doué pour la pêche. Ironique pour quelqu'un de son espèce, n'est-ce pas ? Ceci dit, la chasse au coquillage ne demandait pas la même habilité -il ricana à cette pensée- et il n'avait que l'embarras du choix. Il inspecta soigneusement le rocher, à la recherche de son met favori -la coque- avant de se souvenir que celle-ci s'enfouissait dans le sable, là où la mer découvrait la plage.

Bon sang, il faisait une piètre créature marine. Pour sa défense, il ne cherchait que rarement sa nourriture. La plupart du temps, c'était sa mère, sa soeur ou ses amis qui lui rapportaient de quoi manger, tandis que lui se plaisait à « explorer le monde sous-marin ». Il faudrait vraiment qu'il se mette sérieusement à la pêche et la cueillette s'il voulait un jour gagner son indépendance. Ce que, évidemment, il désirait, vue les relations pas franchement aimables qu'il entretenait avec ce qui lui servait de parents... Enfin, au moins connaissait-il les environs comme sa poche. Il reprit son chemin, obliquant vers l'est là où se trouvait une petit plage, coincée entre deux falaises abruptes. Il y parvint rapidement et, arrivé au large de la crique, se laissa paresseusement porter par le courant qui le poussait vers le rivage.

Rapidement, le sol s'éleva et, bientôt, il ne resta plus que un mètre d'eau au-dessus de sa tête. Estimant que cela était bien suffisant, il plongea vers le fond d'un leste mouvement du bassin et, son ventre frôlant le sable, commença à creuser. Ou plutôt, à gratter la couche supérieur, les coques ne s'enterrant que de façon superficielle. Il tâtonna un moment avant de tomber sur quelque chose qu'il s'empressa de dégager.

Eh merde. Un caillou.

Irrité, Octavian se rapprocha encore de la plage et recommença son manège. Cette fois, ses recherches furent fructueuses : cinq beaux spécimens qu'il entreprit d'ouvrir dès qu'il les eut trouvés. Puis, sans plus de cérémonie, il les dévora.

Délicieux.

Plus affamé encore par cette petite mise en bouche, la sirène se remit « en chasse », labourant le sable. Il trouva d'autres coquillages, au plus grand plaisir de son ventre douloureux et de ses papilles gustatives frémissantes d'anticipation. Il n'y avait pas à dire, la coque était vraiment son animal de compagnie préféré... Tout à son repas, il ne s'aperçut pas qu'il s'était trop rapproché de la plage et il sursauta lorsqu'il sentit le vent sur haut de son crâne, dégagé à la faveur du reflux des vagues. Etonné, il sortit la tête de l'eau et regarda autour de lui.

Au-dessus de lui, le ciel, quoique nuageux, n'était pas menaçant et promettait de se montrer clément. Ce serait une belle journée. Il se trouvait à quelques brasses du rivage et se demanda comment il avait pu se montrer à ce point obnubiler par son repas pour ne pas se rendre compte qu'il dérivait.

Soudain, un mouvement sur la plage lui fit prendre conscience qu'il n'était pas seul. Il se renfonça doucement dans l'eau, laissant seuls ses yeux dépasser. Il était à peine visible, ses cheveux se confondant avec les algues flottant autour de lui. Il détailla rapidement la... créature qui se tenait debout face à la mer, le regard fixé vers l'horizon. De quelle espèce était-elle ? Elle avait la peau très pâle et les cheveux très sombres. Un contraste plutôt joli, il devait l'avouer. Mais elle ne possédait ni la grâce des dryades, ni la beauté sculpturale des sirènes. Et elle était bien trop grande pour être un korrigan ou une fée. Mais alors quoi ?

« Je t'interdis de retourner sur la Lande. »

La voix rauque de son père tonna dans son crâne. Ce qui retint l'attention d'Octavian, cette fois, ce ne fut pas l'ordre agaçant en lui-même, mais la raison même de l'injonction. La rumeur. Les humains coincés sur la Lande. Pas qu'une rumeur, apparemment.

Tout à coup, la créature s'anima.

Merde, merde, merde.

Le plus silencieusement possible, le brun se réfugia sous l'onde. Non pas qu'il avait peur. Comment aurait-il pu être effrayé par une faible femme ? Mais les Hommes n'étaient pas sensé connaître leur existence et il ne tenait pas être celui sur qui la leur apprendrait.

Mais,à sa grande surprise, l'humaine lui tourna le dos, et fit face à l'intérieur des terres. La sirène fronça les sourcils. Allait-elle partir ? Non, elle ne semblait pas vouloir bouger. Perplexe, sa tête émergea de nouveau. Au pire, si jamais elle se retournait pour regarder de nouveau vers la mer, il pourrait invoquer une nappe de brouillard pour s'y dissimuler.

-Qui est là ?

Elle n'avait pas l'air agressif. Ni vraiment dangereux, d'ailleurs. Peut-être un peu mal à l'aise, mais si elle se sentait observée -ce qu'elle était, d'ailleurs-, cela se comprenait.

Octavian s'apprêtait à plonger et repartir vers le large quand une réflexion l'arrêta. Les humains ne représentaient pas un grand danger pour son espèce. Ça, il le savait. D'ailleurs, d'après la légende, ils s'étaient même montrés extrêmement reconnaissants de l'aide apportée par leurs peuples. Pourquoi ne pourrait-il pas faire un peu connaissance avec cette jeune femme ? Et puis, il n'était pas obligé de lui dire ce qu'il était. Un rapide coup d'oeil vers son corps dissimulé par l'eau verte et opaque le conforta dans cette idée.

- Ce n'est que moi !Lança-t-il en se redressant un peu, de façon à ce que ses épaules soient aussi dégagées.

Un sourire aimable se dessina sur son visage alors qu'il ajoutait :

-Est-ce que tout va bien, mademoiselle ?
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Maïween Kerfellec


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MessageSujet: Re: La cavalière sans tête Ϟ libre   Lun 14 Mar - 17:00



« Elle aime bien trainer ici, son corps comme un festin
Comme un amuse-bouche, entre les reins… »


- Ce n'est que moi !

Une voix sortie de nulle part la fit sursauter et à nouveau, Maïween fit volte-face, cherchant avec une frénésie qui ne lui plaisait guère à identifier la provenance des mots et possiblement, à trouver celui qui était responsable de cette impression désagréable d’être épiée. Elle remarqua avec surprise et effarement qu’elle n’était pas seul, que ce n’était pas un tour de son esprit et du vent combiné et que bel et bien, même si potentiellement sa paranoïa latente avait à faire dans l’histoire, elle ne s’était pas trompée et était observée. Elle souffla longuement, son haleine fraiche caressant la barrière que formait ses lèvres gercées et elle jeta un regard sombre à celui qui se tenait là. Dans l’eau. Il fallait être fou. Elle n’avait que les pieds trempés et déjà, elle devait se faire violence pour ne pas grelotter comme une vulgaire pimbêche partie sans veste. Ce type y était enfoncé jusqu’au épaule, sans combinaison de plongée. Il fallait être fou, fou, fou. Plus fou qu’elle du moins. Elle fit un pas en arrière alors qu’un sourire qu’elle ne parvenait pas à analyser se posait sur les lèvres de l’homme et qu’il demandait :

- Est-ce que tout va bien, mademoiselle ?

Elle dû se restreindre pour ne pas répondre immédiatement que tout allait bien si on retirait le fait qu’un homme suffisamment dérangé pour se baigner dans une eau si glacée était entrain de la regarder mais quelque chose la frappa. Elle s’était sentie observée depuis un moment, depuis une bonne poignée de minutes mais n’avait vu personne dans l’eau. Surement, elle aurait remarqué quelqu’un se baignant, elle aurait vu ses boucles brunes et son visage de jeune premier, elle en était sûre. C’était un peu dans la logique des choses qu’elle possède un sens de l’observation supérieure à la moyenne : quand on ne parle pas, qu’on n’interagis pas avec le reste du monde, il faut bien se trouver quelque chose à faire. Si la plupart des gens la pensaient sur la lune, dans les nuages, perdue dans sa bulle, loin des considérations du monde, ils se trompaient. En fait, ils s’enfonçaient même le doigt dans l’œil jusqu’au coude : Maïween était parfaitement consciente de tout ce qu’il se passait autours d’elle… Du moins, cela avait été vrai jusqu’à ce qu’elle quitte Lorient et se retrouve coincée sur cette lande, avec tout un tas d’autres personnes encore moins au courant qu’elle pouvait le faire croire. Depuis, elle avait l’impression qu’une sorte de plan, de grand secret, lui était caché et qu’elle se retrouvait comme une vulgaire poupée, trimballée au gré des fantaisies de tout un chacun. Clairement, elle haïssait ça. Viscéralement. Toujours est-il qu’elle aurait dû être capable de voir ce type avant, qu’il n’avait pas pu tenir aussi longtemps en apnée sans qu’elle ne le remarque. Ou alors, la voix avait raison et à force de rester seule, de s’enfermer dans son mutisme et dans ce dédain qu’elle offrait au monde, elle était entrain de se décaler, de perdre tout repère spatio-temporel… de devenir suffisamment barge pour avoir ses propres paramètres, dans un univers qu’elle se créait.

Elle secoua doucement la tête, levant à nouveau les bras pour ramener ses cheveux dans un ordre relatif. Fichu vent. Fichue brume. Fichue lande. Fichue Bretagne. Pour la première fois, elle en venait à regretter quelque chose, un endroit précis qu’elle avait pourtant détesté. Pour la première fois, elle aurait aimé être à Paris, dans sa chambre étudiante minuscule et mal isolée, avec la musique à fond dans ses écouteurs pour chasser la présence dérangeante de la voix et des étudiants Erasmus du bout du couloir, ceux qui faisaient trop de bruit, les anglais qui hurlaient pendant les match des football, tellement alcoolisés qu’ils se trompaient de chambre… Elle en venait à regretter l’anonymat de la capitale, la tranquillité relative que lui avait paradoxalement apporté ce tumulte incessant. Elle souffla doucement, se demandant si faire demi-tour et planter l’inconnu là pouvait être considéré comme extrêmement mal-polit… Après tout, combien de fois lui avait-on répété de ne pas parler à des inconnus ? Un très fin sourire retroussa brièvement ses lèvres alors qu’elle démontait elle-même cette excuse bancale. Elle n’était plus une enfant, ce n’était pas un étranger effrayant, il n’allait pas lui proposer des bonbons et la faire monter dans son van aux vitres opaques pour… Elle fit taire le courant de pensée et se redressa, ce qui ne fit pas grande différence. Un mètre soixante trois qui se tient droit ou avachi, c’est du pareil au même ou presque.

- Je vais aussi bien que n’importe quel oiseau en cage, aussi grande fut-elle, il y a toujours de foutus barreaux…

Elle se doutait bien qu’il comprendrait ce qu’elle voulait dire. Après tout, s’il était là, c’est qu’il était probablement coincé lui aussi sur cette lande. Quelle idée de venir ici, tout ça par désœuvrement. Pendant un instant, elle le dévisagea à nouveau. L’attitude du jeune homme l’aurait presque rendue bavarde. Curieuse du moins. Amère surtout, et donc caustique, cassante, du genre à se mêler de ce qui ne la regardait pas :

- Ca ne sert à rien, au fait. On n’peut pas partir par la mer. Et quand bien même, la côté est trop loin, vous n’auriez pas la force…

Elle n’avait aucune idée de ce qu’il faisait là, elle s’avançait juste. Personne ne pouvait désirer se baigner dans cette eau si ce n’était pas avec une raison légitime. Se barrer d’ici en était une, mais ça ne marchait pas. Elle était incapable de déterminer comment et pourquoi ils se trouvaient ici, piégés sur cette lande comme des souris de laboratoire dans leur vivarium trop exigu, elle l’acceptait simplement, de mauvaise grâce d’ailleurs. Parce qu’il n’y avait pas d’autre solution, vraiment pas. Elle avait hurlé, frappé du pied, elle avait pleuré et s’était mise en colère, ses derniers recours, et rien n’avait changé…

Elle hésita un instant et sans grande cérémonie, regardant partout sauf dans la direction du jeune homme, elle fit un nouveau pas en arrière et se laissa tomber dans le sable, ignorant le froid qui gagnait peu à peu ses orteils trempés.


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Octavian


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MessageSujet: Re: La cavalière sans tête Ϟ libre   Lun 14 Mar - 21:44

L'humaine se retourna brusquement et le regarda bizarrement un moment, se retenant apparemment de dire quelque chose. Octavian crut tout d'abord qu'elle avait vu ou deviné ce qu'il était en réalité, mais ce n'était pas de l'horreur ou de l'incompréhension qu'il voyait dans ses yeux, plutôt une sorte de perplexité méditative.

En tout cas, elle était plutôt bizarre. Peut-être qu'elle allait tourner les talons et s'enfuir ? Pour quelles raisons, il l'ignorait, mais il ne voyait pas non plus pourquoi elle mettait autant de temps à répondre... Il la fixait avec une telle intensité qu'il sursauta quand elle leva les bras pour mettre de l'ordre dans ses cheveux. Ce fut alors qu'il se rendit compte de la tension qui l'habitait. La peur de l'autre, de l'étranger. L'angoisse face à une créature dont il ne savait rien d'autre que ce qui était relaté dans les contes pour enfant.

Il fallait vraiment qu'il se calme.

Un léger sourire se dessina sur les lèvres de l'humaine. Qu'est-ce qui l'amusait ? Lui ?

Calme. Du calme. Ce n'était qu'une vulgaire anthropienne. Un truc avec des bras et des jambes, incapable de le suivre à la nage -oui, il envisageait déjà l'option de la fuite...

Il tressaillit une nouvelle fois lorsqu'elle se redressa.

...et de taille réduite, avec ça.

-Je vais aussi bien que n’importe quel oiseau en cage, aussi grande fut-elle, il y a toujours de foutus barreaux…

Une philosophe, il ne manquait plus que cela. Avec ces gens-là, il n'y avait qu'un seul comportement utile : acquiescer en évitant par tout les moyens d'ouvrir de grands yeux bovins et en gardant la bouche fermée. Juste pour faire semblant de comprendre. De toute façon, et comme disait son père, tout ça, c'était juste de la masturbation intellectuelle pour ceux qui n'avaient rien de mieux à faire. Oui, il arrivait qu'Octavian écoute ses parents. Rarement. Toujours quand cela concernait de nouvelles expressions intéressantes. Et vulgaires.

Oui, c'était un très mauvais fils.

Il dérivait. La sirène se secoua et décida de se concentrer sur les propos de son interlocutrice. Le sens propre de la phrase n'en donnait qu'une interprétation boiteuse : allons bon, une humaine qui croyait qu'elle avait un bec et des plumes et qui, avec ça, pensait être en prison ? Il voulait bien admettre qu'elle n'avait pas l'air spécialement saine d'esprit, mais tout de même... Néanmoins, il plissa les paupières, observant plus attentivement la créature qui lui faisait face. Pas de bave aux lèvres, pas de spasme... Non, décidément non. Elle ne semblait pas dingue à ce point.

Alors quoi ? Une métaphore ? Pour dire quoi ? Qu'elle est triste parce qu'elle n'arrivait pas à s'échapper ? Mais s'échapper d'où, elle n'était pas prisonnière, à ce qu'il voyait...

Ou alors, elle était réellement frappée et faisait référence aux barrières de son esprit.

-Ca ne sert à rien, au fait. On n’peut pas partir par la mer. Et quand bien même, la côté est trop loin, vous n’auriez pas la force…, ajouta l'humaine en l'observant.

Puis, elle se laissa choir dans le sable.

La lumière se fit dans l'esprit d'Octavian. Bien sûr, la légende ! Tous les cinquante ans, les captifs de la Lande, incapables de quitter la bande de terre. Reclus. Prisonniers. Livrés à eux-mêmes. Ceux que ses ancêtres avaient décidé d'aider.

-Ne vous inquiétez pas pour moi, je suis un très bon nageur..., répondit-il, un sourire cette fois narquois plaqué sur le visage.

Il avait peut-être mauvais fond, mais le fait de savoir une poignée de bipèdes totalement démunis et à leur merci sur la Pointe l'amusait profondément. Et pourtant, il n'était pas sadique. Pas plus qu'une autre sirène, s'entend.

Il se rapprocha précautionneusement de la plage et s'arrêta une fois l'eau chatouillant son nombril. Le vent soufflait fort, ce jour-là, et dispersait la brume qui flottait au-dessus de la Lande. Fâcheux. Parfois, il y en avait tellement que l'on ne distinguait pas ses propres pieds. Avec de pareilles bourrasques, il ne réussirait jamais à créer un brouillard suffisamment opaque pour pouvoir sortir de l'eau. Du moins, pas sans révéler sa véritable nature.

-Alors, comment êtes-vous arrivée jusqu'ici ? S'enquit Octavian, pas vraiment curieux, mais désireux d'entamer la conversation avec la créature.

Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'il pouvait s'entretenir avec le membre d'une espèce nouvelle -ou, du moins, une espèce qu'il n'avait jamais rencontrée jusqu'alors.
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